Ukraine : récit d’une mission de Noël en temps de pandémie

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Photo de groupe
Redon, décembre 2020. « Allez, on y va ! » C’est par ces mots qu’est lancée la seconde mission de Noël de Caridad en Ukraine.

Confronté à l’épidémie de coronavirus, le convoi imaginé pour cette année a dû évoluer. Initialement prévu en camion à travers l’Europe pour rejoindre cinq orphelinats ukrainiens, la situation sanitaire nous a obligés à changer nos plans.

Décision est prise d’y aller en avion, avec les valises remplies de cadeaux. Malheureusement, ce format nous impose la visite d’un unique orphelinat. Notre choix se porte sur celui de Jytomyr, que nous connaissons le mieux. Depuis deux ans, nous lui apportons une aide financière qui permet aux soeurs de s’acquitter des frais médicaux et scolaires des enfants.
Les dates sont fixées. Ce sera du 14 au 19 janvier. La France est classée en pays « vert » par l’Ukraine, ce qui signifie qu’aucune contrainte (test PCR négatif, isolement, etc.) n’est appliquée à ses ressortissants, si ce n’est l’obligation de disposer d’une assurance couvrant les frais d’hospitalisation liés à la Covid-19 dans le pays.
Les billets d’avion sont réservés. Les jouets, produits d’hygiènes et fournitures scolaires sont achetés. Tout est préparé.

Cependant, plus le jour du départ approche, plus la mission semble se compromettre.

Samedi 9 janvier. Nous recevons un mail de notre compagnie aérienne. « Votre vol Amsterdam-Nantes » est annulé. Comment pourrons-nous rentrer en France ?
Dans l’urgence, il faut trouver une solution. Annuler le vol Kiev-Amsterdam pour un Kiev-Paris ? Impossible. Toutes les possibilités sont envisagées. Puis, deux heures après, le téléphone vibre. Un nouveau message de notre compagnie aérienne a été reçu. Tous les vols sont-ils annulés ? Non. Elle nous a réservé des billets sur les vols Amsterdam-Paris, puis Paris-Nantes. Ça fait beaucoup de correspondances. Tant pis, nous le faisons pour les enfants.
 
Mardi 12 janvier. La France vient d’être classée « rouge » par les autorités ukrainiennes. Comme « anticiper, c’est prévoir », nous avions déjà pris nos rendez-vous au laboratoire de Redon pour passer les tests PCR. Nous ne voulions, quoi qu’il arrive, ne faire courir aucun risque ni aux enfants, ni aux religieuses qui s’en occupent.
Le lendemain soir, veille du départ, les résultats tombent les uns après les autres : « test négatif ». Nous voilà tous rassurés. Il faut dire qu’un seul test positif aurait signifié l’annulation du convoi.

Tous les tests PCR sont négatifs : nous pouvons partir !

Jeudi 14 janvier. Les réveils sonnent avant le lever du jour. Le rendez-vous est donné à 7h pour la messe. C’est l’occasion pour le père Nicolas Esnault de bénir notre mission avant le départ pour Jytomyr.
Après une escale et quatre heures de vols cumulés, l’atterrissage à Kiev se fait sous la neige.
Plusieurs heures de voiture nous attendent avec les sacs et valises jusqu’aux cous. Il est 22h30, lorsque nous arrivons à Jytomyr.

Vendredi 15 janvier. Voilà la journée tant espérée. Celle des retrouvailles avec les enfants. Nos quatre volontaires trépignent d’impatience jusqu’au rendez-vous fixé à 13 heures. Le même sentiment est partagé par les jeunes.
À notre arrivée à l’orphelinat, la Maison de Marie, sœur Regina, responsable du lieu, nous fait une confidence : « les enfants ont coché la date de votre arrivée sur le calendrier et comptent les jours depuis l’annonce de votre venue ».
À la suite du discours de bienvenue, tout le monde se met à table ! Ce premier repas convivial permet de prendre des nouvelles les uns des autres, grâce à notre traductrice, Alena.
Avec les enfants, seuls les gestes et quelques mots d’anglais ou d’italien permettent de communiquer directement. 
Puis, des temps de jeux se sont déroulés jusqu’à la célébration de la messe où, chacun dans sa langue, a rendu grâce pour ce temps partagé. Ensuite, les jeunes et nos volontaires ont pratiqué une activité culinaire ludique : le gingerbread painting. Le concept est simple : il faut décorer des biscuits avec de la peinture alimentaire. Cette tradition de Noël est bien plus présente aujourd’hui en Ukraine qu’en France. 

« Les enfants ont coché la date de votre arrivée sur le calendrier et comptent les jours depuis l’annonce de votre venue »

Samedi 16 janvier. Pour cette deuxième journée, les sœurs ont organisé une sortie dans les alentours de Jytomyr. Nous nous sommes rendus en car au sanctuaire national de Sainte-Marie à Berdytchiv pour le visiter et assister à la messe.
Nous avons ensuite repris la route pour la seconde étape de la journée : un village traditionnel ukrainien. Un traineau tracté par un cheval nous y attendait pour une promenade en forêt sur un beau manteau neigeux. Ce chouette moment s’est vite transformé en traquenard lorsque notre cochet a décidé de faire une pause avant de rentrer au village : une avalanche de boules de neige s’est abattue sur nos volontaires, sauvés in extremis par l’heure du déjeuner.

Un repas typique, préparé par notre hôte Viktor, a ravi toutes les papilles : un agneau et du riz cuits dans une pâte à pain pendant 5 heures. Un régal !
Les chants de Noël ukrainiens et français ont rythmé ce moment très convivial.
Le temps de la digestion fut propice à la revanche de notre équipe contre les jeunes dans une nouvelle bataille de boules de neige ! 

Dimanche 17 janvier. Troisième et dernier jour à Jytomyr. Nous avons assisté, avec les enfants, à la messe dominicale dans la cathédrale catholique de Jytomyr. Un très bel office où résonnent des chants de Noël. Puis, nos volontaires ont rencontré l’évêque émérite du diocèse de Kiev-Jytomyr, Mgr Jan Purwiński, dont le presbytère est accolé à la cathédrale.
Une entrevue riche avec cet homme de Dieu, âgé de 87 ans, ordonné évêque de Kiev-Jytomyr en 1991 par le pape Saint Jean Paul II.  Nous avons pu lui présenter notre association et nos actions à travers le monde. À son tour, il nous a raconté les grandes lignes de son ministère sacerdotal et épiscopal fortement marqué par le communisme sous l’U.R.S.S. Puis, nous avons partagé sur la situation de l’Église et la place qu’occupe la foi au sein de la société française.

À l’issue de ce riche échange, nous avons rejoint l’orphelinat pour déjeuner avec les enfants.
Une fois les batteries rechargées, nous avons passé l’après-midi dans un parc recouvert de neige le long d’une rivière gelée. Il faut dire qu’il faisait -15°c depuis notre arrivée en Ukraine et que nous avons atteint ce jour-là des températures avoisinant les -20°c. Toutes les conditions étaient donc réunies pour dévaler les berges en luge pendant plusieurs heures.

La journée s’est terminée par la soirée d’adieux ponctuée par le moment tant attendu par les enfants : la distribution des cadeaux que nous avions réussi à emporter pour les 15 jeunes de l’orphelinat. Puis, après un court temps de jeux, il a fallu se dire, non pas « au revoir », mais « à l’année prochaine » ! 

Les tests PCR

Lundi 18 janvier. Le réveil a été très matinal pour notre équipe. Départ à 5h30 de Jytomyr afin d’être à Kiev à 8h30 pour passer les tests PCR préalable à notre retour en France. A notre étonnement, ici le dépistage ne se fait pas par voie nasale. C’est un grand coton que l’on frotte sur l’arrière de la langue.
Puis, nous avons rencontré Mgr Vitaliy Krivitskiy, évêque de Kiev-Jytomyr. Avec lui, nous avons pu échanger pendant une heure et demie sur les actions de Caridad, le soutien apporté aux enfants de Jytomyr, la situation de l’Ukraine et les possibilités d’aide à y développer. Après l’audience, nous avons assisté à la messe célébrée par le père Nicolas dans la cathédrale.En début d’après-midi, nous avons visité le centre de Kiev avant de nous diriger vers un orphelinat au sud de la capitale. Nous avons pu y faire connaissance avec les enfants et échanger avec les sœurs sur leurs besoins financiers le temps d’un diner pendant lequel les jeunes nous ont joué à l’accordéon des morceaux traditionnels. Nous avons ensuite repris la route en direction de notre hôtel à proximité de l’aéroport de Kiev-Boryspil.

Mardi 19 janvier. 7 heures. Les réveils sonnent. Les valises se bouclent. La messe est célébrée dans une des deux chambres d’hôtel, puis direction l’aéroport. Le premier d’entre nous passe à l’enregistrement.
Problème : le résultat du test PCR est écrit en ukrainien. L’hôtesse lui dit alors qu’elle ne peut pas nous laisser monter dans l’avion car à Amsterdam, première escale en Union européenne, il faudra présenter un test en anglais. Nous essayons donc de joindre la clinique où nous avons été dépistés. La personne que nous avons au téléphone ne parle pas la langue de Shakespeare et nous raccroche à la figure. Il reste 1h30 avant la fin de l’enregistrement. Il faut trouver une solution. Par chance, un garde-frontière s’approche et nous lui expliquons la situation. Il nous propose alors d’appeler la clinique, ce qu’il fait dans la foulée. Tout rentre dans l’ordre, les résultats vont nous être envoyés en anglais par email.
30 secondes plus tard, c’est bon. Nous allons pouvoir monter dans l’avion.
À notre arrivée à Amsterdam, la maréchaussée vérifie nos passeports. Aucun test PCR n’est demandé. Idem à la douane. Comme quoi, il aurait été bête de rester à Kiev à cause de la traduction d’un document qui ne nous a même pas été nécessaire… Après quelques heures à l’aéroport, nous embarquons pour notre vol en direction de Paris-Charles de Gaulle. Là, rebelote. Aucun test PCR n’est demandé. Seule une prise de température nous aura été faite à notre entrée dans le terminal où nous prendrons notre avion pour Nantes.

Nous regagnons Redon à 23 heures avec des souvenirs plein la tête.

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