Fleurir nos Croix : un auditeur de Radio Notre Dame nous partage une belle histoire

Partager sur facebook
Partager sur twitter

Vendredi 18 juillet 2020, Charles Mekri, Délégué général de Caridad, était l’invité de Louis Daufresne dans l’émission « L’Âme des Lieux » sur Radio Notre Dame pour présenter la quatrième édition de l’évènement « Fleurir nos croix ».

J’ai retrouvé dans cette aventure les ingrédients que vous décriviez dans l’interview : intérêt pour l’histoire locale et nos racines, respect des anciens, convivialité et partage, sensibilité aux manifestations de la foi catholique quelque soit ses convictions ou sa pratique (j’étais le seul catholique pratiquant de la petite équipe).

Un auditeur de l’émission nous a envoyé un email pour nous partager une belle initiative qu’une équipe de bénévole, dont il fait partie, a réalisée dans les Hautes Pyrénées. L’objectif : remettre une croix à plus de 3000m d’altitude que les aléas du temps ont fait disparaitre. Voici le récit qu’il avait rédigé pour la Revue Pyrénéenne :

 » Le 24 juillet 1938 à l’âge de 42 ans Jean Arlaud chutait accidentellement sur le versant sud des Gourgs Blancs. Accompagné de deux fidèles compagnons, Georges Camps et René Prada , il se préparait pour la seconde expédition française en Himalaya.
Le docteur Jean Arlaud, grand pyrénéiste, responsable de la section des Pyrénées Centrale du CAF, fondateur du Groupe des Jeunes (GDJ) a fait l’objet de nombreux articles et mentions dans la RP.

En septembre 1938 et à la suite d’une décision du GDJ, quelques-uns de ses fidèles amis montèrent une croix en pièces détachées avec l’objectif de la placer sur le lieu même de l’accident. Les conditions météorologiques difficiles avec de fortes chutes de neige les en empêchèrent et ils se contentèrent de fixer provisoirement la croix au sommet du pic des Gourgs Blancs en la calant avec des pierres. Peu de temps après c’est au tour de montagnards espagnols de monter au sommet pour y déposer une plaque en marbre où étaient gravés quelques mots en mémoire de Jean Arlaud qui fut un grand promoteur des amitiés montagnardes franco-espagnoles. Le provisoire devient définitif puisqu’une nouvelle tentative de déplacement de la croix en 1939 avorta cette fois pour des raisons politiques ; nous étions au début de la seconde guerre mondiale et les relations de part et d’autre des Pyrénées se tendaient.

La mémoire de Jean Arlaud fut ensuite régulièrement entretenue comme le relate Jean-Victor Parant dans son livre avec en point d’orgue la parution de ses « Carnets » en 1965 et 1966 suivie d’une réédition en 1987. Le dimanche 24 juillet 1988 en particulier, pour les 50 ans de sa mort, plusieurs événements se déroulèrent : une cérémonie au cimetière de Gavarnie à l’issue de la messe dominicale , une manifestation au musée de Luchon, la pose d’une plaque dans la rue Jean Arlaud à Toulouse précédée d’une messe à la basilique Saint Sernin.

La neige, la foudre et le vent eurent raison de la croix qui disparut il y a une dizaine d’années.

La plaque de marbre se cassa elle progressivement en plusieurs morceaux. Si elle est toujours au sommet, ses inscriptions sont devenues indéchiffrables et des morceaux manquent à l’appel.

Un résident de la vallée du Louron qui tout jeune avait assisté à la célébration au col à l’occasion des 50 ans de la mort de Jean Arlaud a voulu poursuivre ce travail de mémoire et a lancé l’idée d’aller remettre croix et plaque au sommet le 24 juillet 2018 soit 80 ans après. L’idée a rapidement suscité l’enthousiasme de quelques habitants et résidents de la vallée dont le Curé d’Arreau. Une association des amis de Jean Arlaud a été créée. Des contacts ont été pris avec le président du CAF de Toulouse qui a encouragé l’initiative et avec son bureau y a apporté son soutien. Un ferronnier d’Arreau à la retraite a réalisé bénévolement la croix selon un plan assez fidèle à la croix originelle. Des reconnaissances furent faites par l’équipe des porteurs pour identifier le meilleur itinéraire. La neige particulièrement présente en ce début d’été 2018 a fait porter le choix sur la montée par le lac de Caillauas, le col des Gourgs Blancs, le port d’Oo et le couloir sud (bien enneigé) qui monte à la brèche séparant le pic Jean Arlaud et le pic des Gourgs Blancs.

Après une bénédiction de la croix l’avant-veille à la chapelle d’Artiguelongue en présence d’une assemblée nombreuse et avec l’accompagnement de la chorale des chanteurs pyrénéens, les différents groupes convergèrent vers le sommet le jour J. Les uns partirent la veille pour bivouaquer au lac de Caillauas ou au bord du lac des Isclots. D’autres partirent de Pont de Prat à minuit le jour même. D’autres arrivèrent par les refuges de Portillon et Espingo. Et les personnes les plus âgées ou les moins entraînées eurent la possibilité de monter au col en hélicoptère !

La foule était au rendez-vous pour l’installation de la croix

Le point de rendez-vous était à 10h00 au col des Gourgs Blancs où une messe fut célébrée devant près de 70 personnes de toutes générations par le curé d’Arreau, deux prêtres espagnols venant de Benasque et le père Vincent Fouchou curé de Gavarnie.
Le père Vincent , 82 ans et montagnard affirmé, qui avait célébré la messe à Gavarnie en juillet 1988 à l’occasion de l’anniversaire des 50 ans, se chargea d’évoquer la personne de Jean Arlaud, sa passion pour la montagne et son insatiable envie de faire partager cette passion aux autres.

Au même moment et 300 m plus haut l’équipe des 7 porteurs installait la croix et la plaque sur le sommet en perçant la roche pour la fixer solidement, espérons-le pour de nombreuses années !

La nouvelle croix des Gourgs Blancs.

Une belle aventure humaine et d’équipe, qui a permis aux acteurs du projet de découvrir ou mieux connaître la personnalité riche et passionnante de Jean Arlaud : « une certaine façon d’aborder la montagne, indissociable d’une conception de l’existence, une certaine communauté d’esprit et de sentiments face au problème de la destinée » (1). Et aussi la joie d’avoir contribué à entretenir la mémoire de ce grand pyrénéiste comme l’avaient souhaité ses amis et ses proches. »

Benoît de Maupeou

( 1) : « Jean Arlaud et le Groupe des Jeunes (1913-1964) Un âge d’or du Pyrénéisme toulousain » – Jean Victor Parant- publié sous le patronage du Club Alpin français

Site de l’association « Les amis de jean Arlaud »

Actualité

Fermer le menu